Nos Speakers
USI 2024.

Thierry Marx.
Chef cuisinier engagé et innovant

La souveraineté alimentaire qualitative est-elle possible ?

Si la plus haute des souverainetés se joue dans l’espace, elle n’est pourtant rien s’il n’y a pas de souveraineté alimentaire. C’est ce dont pourrait témoigner Thomas Pesquet qui a pu bénéficier des recettes originales, conçues pour son séjour dans l’espace par Thierry Marx. Comment la technologie peut-elle être mise à contribution pour favoriser une autonomie alimentaire qui rythme avec qualité ? Comment ce qu’on appelle les “métiers de bouche”, ainsi que les agriculteurs, peuvent-ils bifurquer pour notre bien commun ? Pour cette édition 2024 d’USI nous avons invité Thierry Marx pour instruire cette question et ces enjeux. Bien sûr, l'alimentation et les produits de qualité, il connaît ça en tant que chef étoilé. De plus, la technologie en cuisine, il connaît bien pour être une des figures de proue de la cuisine moléculaire. Mais il est également connu pour son parcours entrepreneurial et social et milite pour une économie de la qualité et contre l'uberisation de larges pans de nos sociétés. Nul chauvinisme pour autant ce grand chef qui s'est aussi formé au Japon.

Biographie.

Formé chez les Compagnons du Tour de France et auprès des meilleurs Chefs français comme Claude Deligne, Joël Robuchon et Alain Chapel, Thierry Marx est l’un des chefs les plus reconnus de sa génération. Avec une approche innovante et planétaire de la cuisine, il puise son inspiration en France et à travers ses nombreux voyages, notamment au Japon. Il défend une cuisine responsable alliant plaisir et bien-être, qui ne connaît pas de conflit entre la tradition et l’innovation. Il s’investit également en dehors de ses cuisines : en 2012, il crée sa première école « Cuisine Mode d’Emploi(s) » qui vise à la formation et à la réinsertion des personnes éloignées de l’emploi.

Quels sont les enjeux qui se cachent derrière l'expression "souveraineté alimentaire" ? Pour cette édition 2024 d'USI, nous avons invité Thierry Marx pour instruire cette question. Bien sûr, l'alimentation et les produits de qualité, il connaît ça en tant que chef étoilé. Mais il est également célèbre pour son parcours entreprenarial et social et milite pour une économie de la qualité et contre l'ubérisation de larges pans de nos sociétés.
Jean-Baptiste Kempf.
Président de VideoLAN

Le logiciel libre comme levier de souveraineté.

Le monde de l’open source et du logiciel libre a inventé tant de choses dans nos manières de concevoir et de réaliser des produits numériques. Il nous a également apporté nombre d’outils, de systèmes et de frameworks qui sont au cœur du réacteur du numérique. À bien des égards, ce monde porte en lui une philosophie qui prône la souveraineté et l’autonomie : ne pas être enfermé dans des solutions propriétaires, permettre l’appropriation et l’accès au code source pour mieux maîtriser son travail, favoriser la connaissance et l’émancipation, faire collaborer des professionnels, mais aussi des amateurs passionnés de tous horizons, etc. Ce chemin vers l’ouvert et l’ouverture n’est pas un long fleuve tranquille. Il est en friction permanence avec les logiques d’appropriation et de forclusion. Selon Jean-Baptiste Kempf , l'exercice de de la vraie souveraineté numérique ne peut pas se faire sans la compréhension, l'utilisation, la maitrise et la participation au logiciel libre.

Biographie.

Jean-Baptiste Kempf est ingénieur, fondateur et président de l'organisation à but non lucratif VideoLAN créée en 2008. Il est l'un des principaux développeurs du lecteur multimédia open source VLC. Membre de la communauté VideoLAN depuis 2005, il a dirigé et travaillé sur la plupart de ses projets :VLC pour les ordinateurs de bureau, renouvellement des licences de libVLC, ports pour les systèmes d'exploitation mobiles, et diverses bibliothèques multimédias comme libdvdcss ou libbluray. Il a également travaillé dans différentes startups liées à la vidéo, et a fondé VideoLabs, une société axée sur les technologies multimédias open-source.

Le monde de l'open source porte en lui une philosophie qui prône la souveraineté et l’autonomie. Il est en friction permanente avec les logiques d’appropriation et de forclusion. Le témoignage et le regard critique de Jean-Baptiste Kempf sont particulièrement précieux pour nous donner les clés de cette bataille pour la souveraineté. Derrière ce que nous savons ou imaginons, se cachent des pratiques invisibles qui risquent de vous surprendre...
Cécile Dejoux.
Professeure (Cnam, ESCP) et Dir. de l'Observatoire des transformations managériales et RH

Quelle valeur ajoutée du Care management à l’ère de l’IA générative ?

Alors que l’IA générative est la star de 2024, alors que les entreprises s’engagent dans l’écologie et la souveraineté, quelles sont les priorités des managers en 2024 ? À quelles compétences se former ? Comment devenir à la fois "IA compatible" et un "manager par le CARE" ? Est-ce possible ou incompatible ? Cette conférence inspirante vous proposera les clés pour manager dans le "nouveau normal".

Biographie.

Conférencière, auteure, professeure des universités, Cécile Dejoux est également Directrice de l'Observatoire du futur du travail et des transformations managériales et RH « Learning Lab Human Change » et de la filière des formations RH au Cnam. Conceptrice de plusieurs MOOCs, elle intervient auprès d'entreprises sur ses thèmes de recherche : manager dans le nouveau normal, à l’ère du numérique et de l’IA et du Management par le CARE. Cécile Dejoux a notamment publié « Ce sera l’IA et moi » et anime un live mensuel sur sa chaîne YouTube 'Transformation managériale et RH' qui a plus de 18 000 abonnés.

L'IA peut aider à s'adapter à un contexte qui change très vite. Pour être plus efficaces, le bon manager et le bon leader sont ceux qui savent se remettre en question très vite. Savoir manager sans IA est indispensable, mais il est important de se former aux opportunités de l’IA. Manager avec de l'IA générative peut devenir une source de productivité et de créativité, à condition d'en connaître les pièges et les opportunités. Pour autant, la question se pose : l'IA lance-t-elle de nouveaux défis aux managers ?
Roland Lehoucq.
Astrophysicien au CEA, enseignant et auteur

La souveraineté cachée dans Dune.

Presque 60 ans après sa parution, le roman Dune de Frank Herbert, demeure l’une des oeuvres les plus fondamentales et les plus influentes de la science-fiction mondiale. Il s'agit d'une immense fresque traitant notamment d’écologie et de politique. C’est aussi une réflexion sur le pouvoir, la souveraineté et les rapports de l'humanité avec ses techniques. Le souverain Shaddam IV règne sur l'Imperium dont il détient les pouvoirs politique, militaire et économique. Mais sa souveraineté est menacée par les événements se déroulant sur Arrakis, planète des Fremens, d'où est extraite la précieuse Épice. Comment fonctionne le distille, cette tenue qui permet au peuple Fremens d'être autonome dans le désert ? Quelles seront les conséquences de la transformation d'Arrakis par les Fremens ? Les Fremens sont-ils souverains sur leur monde ? Pourquoi, dans l’univers de Dune, le recours à des intelligences artificielles a-t-il été banni ? Dans cette présentation nous aborderons, grâce à Dune, le point de vue d'un physicien sur la notion de souveraineté.

Biographie.

Roland Lehoucq est astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) de Saclay. Il enseigne à Sciences Po Paris (campus du Havre) et au master « Approche Sociale des Enjeux Énergétiques » de Université Paris-Cité. Il tient depuis 25 ans une rubrique scientifique dans la revue de science-fiction Bifrost. Il a aussi publié et dirigé de nombreux ouvrages dont « La science fait son cinéma », « Faire des sciences avec Star Wars » et « Dune – Enquête scientifique et culturelle sur une planète-univers ». Depuis 2012, il est président des Utopiales, le festival international de science-fiction de Nantes. L’astéroïde (31387) Lehoucq porte son nom en hommage à son implication dans la diffusion et le partage des connaissances.

Qu'auriez-vous fait sur la planète Dune, par exemple avec les technologies des Fremens ? La sortie de la deuxième partie du film de Denis Villeneuve donnera l’occasion à Roland Lehoucq de porter notre thématique dans le champ des œuvres de science-fiction. Il portera notre attention sur la manière dont la technologie y fait et défait les souverainetés et proposera une approche des right tech, c’est-à-dire un usage des technologies à bon escient et responsable.
Sarah Guillou.
Economiste, directrice du département de recherche Innovation et Concurrence à Sciencespo-OFCE

Les nouvelles règles du jeu de la souveraineté économique dans la géopolitique technologique.

La souveraineté économique est devenue une préoccupation de premier plan des politiques publiques. Elle entraîne dans son sillage un interventionnisme croissant face à une géopolitique technologique, des puissances numériques dominantes et une interdépendance économique structurelle. Mais dépassons le patriotisme économique et le culte des champions : la construction d’une souveraineté économique exige une prise de conscience des règles du jeu de l’environnement économique et politique mondial. C’est même une étape indispensable à l’écriture de l’ordre économique mondial.

Biographie.

Économiste à l’Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE), Centre de recherche en économie de SciencesPo, Sarah Guillou est directrice du département Innovation et concurrence. Docteure en sciences économiques depuis 2002, elle a publié dans des supports grands publics et dans des revues académiques internationales. Ses recherches portent sur les dynamiques industrielles et l’impact des politiques publiques sur les entreprises. Elle enseigne à SciencesPo Paris l’économie internationale et l’économie des politiques publiques et est membre du Comité scientifique de la Chaire Digital, Gouvernance et Souveraineté de SciencesPo. Elle a publié en 2023 un ouvrage intitulé « La souveraineté économique à l’épreuve de la mondialisation » aux éditions Dunod.

La souveraineté économique est un objectif aussi facile à défendre qu’il est difficile à définir. Cette difficulté vient de la complexité du réseau d’interdépendances entre les économies et les entreprises, mais aussi de l’ambivalence des politiques et des acteurs qui sont censés l’atteindre. Sarah Guillou éclaire et explicite cette complexité afin de rendre au concept de souveraineté économique une dimension qui dépasse le patriotisme économique et les slogans politiques.
Ugo Bellagamba.
Maître de conférence en histoire du droit et auteur de science-fiction

De la puissance perpétuelle des républiques futures.

Forgée comme une notion juridique à la Renaissance, la souveraineté est la condition de l'existence d'un État, la source de sa légitime puissance. Mais très tôt la souveraineté devient conflictuelle. Dans l'Utopie, Sir Thomas More l'associe à l'égalité, tandis que Thomas Hobbes en fait la clef de l'assujettissement des peuples. Avec l'accélération du progrès technique, la question de la souveraineté résonne jusque dans nos imaginaires : une Machine peut-elle gouverner un État ? Depuis les mailles du réseau jusqu'aux tréfonds des cités martiennes, c'est encore et toujours la souveraineté qui est en question. Cette conférence se veut un laboratoire des avenirs possibles de la gouvernance.

Biographie.

Ugo Bellagamba enseigne l'histoire du droit et des idées politiques à la faculté de droit et science politique de Nice. Ses recherches portent à la fois sur l'histoire de la justice (et des avocats en particulier) ainsi que sur l'histoire des utopies et leur lien avec la culture juridique. Il est également organisateur de colloques et de conventions sur la science-fiction. Lui-même auteur, il a notamment publié un « Dictionnaire utopique de la science-fiction » (2023), et co-signé le conte juridique sur le futur « Le Monde de Julia » aux côtés de Jean Baret.

Être souverain, c’est bien, mais mettre en scène le récit de sa souveraineté, c’est encore mieux. Il y a toujours une part de fiction et de récit associée aux discours sur la souveraineté. Autrement dit : on se la raconte un peu. Ugo Bellagamba nous aidera à y voir plus clair dans les enjeux fictionnels autour de la souveraineté, notamment en convoquant les récits utopiques et dystopiques qui contribuent à façonner notre imaginaire.
Fanny Lederlin.
Docteure en philosophie politique, essayiste

Comment « remettre la main sur les choses » ? La piste du bricolage.

Désignant la liberté de celui qui a le pouvoir de l’exercer de manière inconditionnelle, la souveraineté se rapporte à la puissance d’agir. Mais à l’heure de la mondialisation économique et de la multipolarité géopolitique, alors que triomphe une gouvernance algorithmique qui échappe au contrôle des États, et au moment où la crise écologique met en cause les mythes de la Modernité (à commencer par celui du « Sujet autonome »), suffit-il d’en appeler à un retour de la souveraineté pour « reprendre les choses en main » ? En s’appuyant sur le concept de « bricolage », Fanny Lederlin propose une alternative consistant à prêter attention à la fragilité du monde-nature et à engager vis-à-vis de lui un geste pratique qui vise, non pas à le maîtriser ou à le reconfigurer, mais à le soutenir et à l’entretenir.

Biographie.

Après avoir travaillé quinze ans dans le domaine de la communication, Fanny Lederlin a repris des études jusqu'à obtenir un doctorat de philosophie politique, consacré au pouvoir transformatif de la critique moderne. Elle est l’auteure de deux ouvrages : « Les dépossédés de l’open space », qui traite des mutations contemporaines du travail , et « Éloge du bricolage », qui explore une manière de penser et d’agir alternative à la logique utilitaire et instrumentale qui sous-tend les processus matériels de l’époque actuelle.

L’aliénation, c’est la dépossession d’un individu et la perte de sa maîtrise. L’innovation technologique joue cette fonction aliénante, nous mettant régulièrement au défi de ne pas être dépassé. Aussi Fanny Lederlin propose-t-elle de réinvestir et de revaloriser les pratiques de... bricolage ! Mode de pensée et d’action alternatif, induit par la curiosité et une attention particulière aux choses, et si le bricolage était notre bouée de secours pour maintenir un rapport non-aliénant au monde ?
Olivier Alexandre.
Sociologue au CNRS

Quelle révolution technologique rêvions-nous ?

Le lancement de nouvelles générations d’intelligence artificielle a suscité de nombreuses peurs : destruction d’emplois, généralisation des deepfakes, multiplication des cyberattaques, avènement d’une superintelligence, etc. Ces craintes ont fait oublier le vieux rêve à l’origine des révolutions de l’information. Remonter aux sources de ce rêve permet de mieux comprendre l’univers technologique dans lequel nous vivons, de lui redonner un sens, et de définir le rôle que nous voulons faire tenir aux technologies dans le monde à venir.

Biographie.

Olivier Alexandre est sociologue, chargé de recherche au CNRS, membre du Centre Internet et Société et enseignant à Sciences Po Paris. Docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, il a été visiting scholar à Northwestern University et Stanford University. Ses travaux portent sur la culture et le numérique. Il a notamment publié « La règle de l’exception. L’écologie du cinéma français » et « La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde ».

Pas de "tech" sans écosystème. Celui qui prédomine aujourd’hui et depuis maintenant une cinquantaine d’années, c’est celui de la Silicon Valley, cœur battant des nouvelles technologies. Mais que savons-nous de la Silicon Valley ? Olivier Alexandre a mené son enquête sur place et nous livre une importante clé de lecture de la culture et des idéologies de ce territoire qui refait littéralement le monde et redessine les formes de souveraineté.
Murielle Lafaye.
Sous-directrice de l’Observatoire du spatial (CNES)

À « nouvel espace économique », nouveaux enjeux technologiques de souveraineté.

Le domaine spatial connait depuis plusieurs années une transformation structurelle qui s’accélère. Le spatial est partout dans nos vies : agriculture de précision, connectivité internet, mobilités, gestion des risques, réseaux de distribution ; et demain services en orbite, fabrication et recyclage dans l’espace, surveillance et gestion des débris, stations spatiales commerciales. Composants et microprocesseurs de pointe pour supporter les futurs algorithmes d’IA au sol et à bord des objets spatiaux, énergie pour "se déplacer sans compter", technologies de réutilisation des lanceurs, de "virtualisation" des satellites et "d’orchestration" des systèmes... La compétitivité du spatial est liée à de nouveaux enjeux technologiques et de décarbonation de la filière qui doivent être maîtrisés pour exercer notre souveraineté.

Biographie.

Murielle Lafaye est sous-directrice de l’Observatoire du spatial dans la Direction de la Stratégie du CNES. Elle manage une équipe de 8 personnes en charge d’intelligence économique et de prospective spatiale qui alimente la réflexion stratégique du CNES, de ses ministères de tutelles et de ses partenaires. Elle intervient dans différents forums et évènements pour partager les travaux de veille et d’analyse sur les évolutions du secteur spatial en cours et à venir, les marchés, les acteurs et les impacts sur la compétitivité des acteurs de l’écosystème spatial national et européen. Murielle Lafaye représente le CNES au Space Forum de l’OCDE et au COSPACE, le comité de concertation CNES-Etat-industrie.

"L’espace est la souveraineté des souverainetés" avançait Emmanuel Macron, dans son discours de 2022 sur la stratégie spatiale européenne. Pour comprendre ce qui se joue au dessus nos tête, Murielle Lafaye nous présentera les acteurs et les écosystèmes de l’économie spatiale dont on sait que les dirigeants des géants du Web s’y investissent de manière significative...
Antoinette Rouvroy.
Chercheuse, professeure et docteure en sciences juridiques

Faut-il une éthique de l'IA ou une Constitution pour l'IA ?

Alors que certains craignent de freiner l’innovation avec une réglementation, Antoinette Rouvroy constate que l’on tolère le déploiement d’intelligences artificielles génératives qui sont "des produits éventuellement dangereux [...] et cela sans aucune réglementation". Aucune autre industrie n’a jamais bénéficié d’un tel passe-droit. Ainsi, après avoir passé des années à défendre des approches "éthiques" pour différer des réglementations contraignantes, voici que les acteurs industriels de l’IA se retrouvent à vouloir éteindre le feu qu’ils ont allumé en appelant les régulateurs à l’aide. Antoinette Rouvroy suggère que c’est du côté d’une "constitution de l’IA" qu’il faut investiguer plutôt que d’une "démarche éthique". Son propos sera également l’opportunité de faire l’état des lieux sur l'initiative européenne "IA Act".

Biographie.

Docteure en droit, Antoinette Rouvroy est chercheuse au Fonds national de la recherche scientifique au Centre de Recherche Information, droit et Société (Belgique). Elle intervient aussi comme experte auprès du Conseil de l’Europe, de la CNIL, du Comité consultatif d'éthique du Contrôleur européen de la protection des données. Ses travaux portent sur l’évolution des formes de gouvernementalité accompagnant les tournants scientifiques et techniques, à l’intersection de la philosophie politique, des sciences juridiques et sociales ou encore de l’épistémologie des sciences et techniques. Elle s’intéresse en particulier à la gouvernementalité algorithmique, ses implications sur les droits fondamentaux et la pensée politique et critique.

Alors que certains craignent de freiner l’innovation avec une réglementation, on tolère le déploiement d’intelligences artificielles génératives qui sont "des produits éventuellement dangereux [...] et cela sans aucune réglementation". Aucune autre industrie n’a jamais bénéficié d’un tel passe-droit ! Plutôt que de miser sur une démarche "éthique" floue, Antoinette Rouvroy suggère d'investiguer du côté d’une constitution de l’IA : une bonne opportunité pour faire un état des lieux autour l'initiative européenne "IA Act".
Benjamin Bayart.
Ingénieur et ancien président de French Data Network

La souveraineté des individus comme levier d'une souveraineté numérique européenne ?

Que les systèmes numériques aient des effets politiques, c'est une évidence : Wikileaks n'a-t-il pas obligé les USA à repenser toute leur organisation diplomatique ? N'a-t-on pas parlé de révolutions Facebook dans les pays du Maghreb ? Qui n'a pas entendu parler de Cambridge Analytica ? Les architectures technologiques réticulaires et distribuées ne peuvent pas ne pas remettre en question la façon dont nous travaillons, nos systèmes de gouvernance et nos systèmes politiques dont l'actualité de la dissolution de l'Assemblée Nationale nous rappelle à quel point ils sont en crise. Pour éclairer ce couplage entre système technique et système politique, nous pouvons tenter d'interroger le système technologique en nous posant la question qui était le thème de d'USI 2021 : "What does technology want ?". Que veut la technologie ? Est-elle neutre comme on l'entend souvent dire, car après tout, "c'est juste un outil, cela dépend de ce que l'on en fait" ? Ou au contraire, l'évolution technologique a son propre mode d'existence qui s'inscrit dans une tendance qui va influer nos comportements et éroder nos modes de gouvernance actuels ? Il s'agit d'aller plus loin que de se poser la question "Est ce que les technologies numériques sont de droite ou de gauche ?", en demandant si, en ouvrant le capot technologique de notre véhicule sociétal et en regardant son moteur numérique, nous pourrions y déceler des perspectives pour une meilleure gouvernance ? In silico veritas ?

Biographie.

À venir

À venir
Frédéric Pierucci.
Gérant d'IKARIAN et Président de STORABELLE

Le Droit comme arme de guerre économique.

15 milliards de dollars payés par les entreprises françaises lors des 10 dernières années au Trésor US pour enfreinte aux lois américaines anticorruption, sanctions, embargos, règles de contrôles des exportations, respect des droits de l'homme, financement du terrorisme... Même constat dans les autres pays européens et en Chine. En réplique, la France (via les lois Sapin 2), l'Europe (RGPD, NIS 2, CSRD) et surtout la Chine tentent de riposter à l'application de ces lois extraterritoriales qui , sous couvert de défense de valeurs universelles indiscutables, sont souvent détournées comme armes de guerre économique. Frédéric Pierucci, ancien cadre dirigeant d'Alstom, auteur du livre "Le Piège américain" et maintenant à la tête du cabinet de conseils en compliance IKARIAN, sera notre invité pour nous sensibiliser à ces risques auxquels toute entreprise active à l'international est maintenant confrontée.

Biographie.

Frédéric Pierucci est un ancien cadre dirigeant d’Alstom. Lors d’un voyage d’affaires aux États-Unis en 2013, il est arrêté par le FBI à l’aéroport JFK alors qu’il descend de l’avion, accusé « d’avoir participé à des faits présumés de corruption en Indonésie dans le cadre d’un contrat qu’Alstom a obtenu en 2003 ». Il raconte cette affaire dans le best-seller « Le Piège américain », lauréat du « Prix littéraire des Droits de l’Homme ». Depuis 2015, avec sa société Ikarian, il aide les entreprises à se conformer aux lois et normes anticorruption. Membre fondateur de l’Observatoire d’Intelligence Economique Français, il enseigne l’intelligence juridique dans de nombreuses universités et grandes écoles à travers le monde.

"Après avoir été contraint au silence, j'ai décidé de révéler les dessous d'un thriller à 12 milliards de dollars [...]. Mon histoire illustre la guerre secrète que les Etats-Unis livrent à l'Europe en détournant le droit et la morale pour les utiliser comme des armes économiques". Ce témoignage, c'est celui de Frédéric Pierucci : à travers son expérience hors du commun, c’est l’extraterritorialité du droit américain qui apparaît au premier plan des enjeux liés à la souveraineté.
Meriem Berkane.
CTO d'OCTO Technology

Chiffrement et cloud souverain, quelles dynamiques communes ?

Les infrastructures qui collectent et manipulent les données sont une source de tension croissante en matière de géopolitique contemporaine du numérique : s’y mêlent des enjeux juridiques, économiques et technologiques. La sécurité au sens de confidentialité tend à devenir prépondérante, se pose alors la question du rapport entre les évolutions du chiffrement et la souveraineté, aussi bien des Etats que celle des entreprises.

Biographie.

Meriem Berkane est directrice technique d’OCTO Technology. Elle est également à la tête des sujets relatifs aux Clouds de confiance et aux Clouds souverains pour Accenture France. À ce titre, elle intervient dans la plupart des projets initiés en France avec l’écosystème national et international.

Les techniques de chiffrement sont à même de faire ou défaire les souverainetés (rappelez-vous d'Enigma et Alan Turing !). Les technologies du bitcoin et des blockchains prétendent apporter des solutions pour s'affranchir de la souveraineté des États et banques centrales. Le chiffrement homomorphe consiste à rendre non seulement les données stockées et leur transfert opaque, mais aussi les données traitées en mémoire. Pour les entreprises utilisant des fournisseurs de Cloud étrangers, que se passerait-il s'il était généralisé ? Et quels impacts seraient les aspects législatifs et stratégiques ?
Camille Morel.
Chercheuse associée à l'Institut d'études de stratégie et de défense (IESD)

Par où passent nos données ? Câbles, fonds marins et souveraineté.

Aujourd’hui, plus de 98 % des flux d’informations mondiaux passent par la mer. Répartis sur l’ensemble du globe de manière hétérogène, 500 câbles sous-marins de fibres optiques permettent le transport de données à la vitesse de la lumière et forment une immense toile. Outils au service du développement économique et social, infrastructure essentielle au quotidien, instruments aux mains des États, ces câbles sont pourtant largement méconnus. À l’heure d’une augmentation exponentielle de notre consommation de données, Camille Morel nous éclairera sur les grands enjeux soulevés par cette infrastructure : fonctionnement et marché de la technologie, rôle politique joué par ces lignes de communications, exigences de souveraineté et de gouvernance, encadrement juridique international, défi environnemental. Un tour d’horizon complet sur le sujet.

Biographie.

Chercheuse associée à l'Institut d'études de stratégie et de défense (IESD), Camille Morel est une experte de la géopolitique des câbles sous-marins. Docteure en droit public, ses recherches portent sur les enjeux juridiques et stratégiques des câbles sous-marins et sur la place de la technologie dans les relations internationales. Elle est notamment l'autrice du livre « Les câbles sous-marins : enjeux et perspectives au XXIe siècle » paru en 2023 chez CNRS éditions.

Aujourd’hui, plus de 98 % des flux d’informations mondiaux passent par la mer. 500 câbles sous-marins de fibres optiques forment une immense toile. Outils au service du développement économique et social, infrastructures essentielles au quotidien, instruments aux mains des États, ces câbles sont pourtant largement méconnus. Camille Morel nous éclairera sur les grands enjeux qu'ils soulèvent : entre rôle politique, défi juridique international et challenge environnemental.