Nos Speakers
USI 2025.

Garry Kasparov.
Chess Master

Composer avec l'Intelligence Artificielle.

Biographie.

Né en 1963 à Bakou en Azerbaïdjan, alors partie de l'URSS, Garry Kasparov est devenu en 1985 le plus jeune champion du monde d'échecs de l'histoire à seulement 22 ans. Ses matchs de 1996-1997 contre le superordinateur Deep Blue d'IBM ont mis les échecs et l'intelligence artificielle à la une des journaux du monde entier. En 2005, toujours classé numéro 1, il se retire pour former l'opposition russe pro-démocratique contre la dictature montante de Vladimir Poutine. En 2017, après avoir quitté la Russie pour s'installer à New York, il a fondé l'initiative Renew Democracy, dédiée à la promotion des principes du monde libre. Kasparov a ensuite cofondé le World Liberty Congress, qui vise à unir les dissidents du monde entier pour lutter contre les régimes autoritaires. La Kasparov Chess Foundation soutient aujourd'hui l'enseignement des échecs et de nombreux jeunes talents.

Garry Kasparov sait. Il a une longueur d'avance sur nous tous, lui qui à la fin des années 90 a été le premier à ressentir ce que cela fait de voir son expertise et son savoir remis en question par les progrès de l'intelligence artificielle et de la puissance de calcul. Depuis, il n'a cessé d'interroger les modalités pour vivre avec les machines et l'IA. C'est le fruit de son expérience, y compris avec la dernière vague de GenAI, qu'il partagera avec le public de l'USI le 2 Juin prochain. Vous découvrirez quelle est la part incalculable du jeu d'échecs sur laquelle il a fondé sa suprématie mondiale en restant champion du monde durant quinze années.
Fred Jordan.
Co-fondateur de FinalSpark

Biographie.

Fred Jordan est ingénieur et entrepreneur. Il est titulaire d'un doctorat en traitement du signal de l'EPFL en Suisse, où il se spécialise dans les technologies de traitement d'images. Il est également co-auteur de 18 publications scientifiques et de plus de 80 brevets. Sa première entreprise, AlpVision, a un grand succès commercial dans le domaine des technologies d'authentification numérique. C'est en 2014 qu'il cofonde FinalSpark avec le Dr Martin Kutter dont l’objectif est de développer le premier processeur vivant.

On s'inspire de notre compréhension du fonctionnement de nos cerveaux pour élaborer des modèles d'intelligence artificielle qui tourneront au final sur des ordinateurs avec des puces en silicium. Mais que se passerait-il si nous arrivions à effectuer de la computation non plus sur du silicium mais sur des cellules vivantes ? C'est l'aventure du BioComputing, parfois aussi appelé le WetWare en référence au milieu humide des cellules cérébrales vivantes où sont effectués les calculs. L'opportunité de ce nouveau support de calcul est fascinant : est-ce les prémices d'une nouvelle génération de technologies hybrides ? Après l'intelligence artificielle, verrons nous l'intelligence organoïde ? Avec Fred Jordan qui a fondé la startup de BioComputing FinalSpark, vous serez aux premières loges pour connaître les avancées de la recherche appliquée dans le calcul cellulaire.
Vanessa Hellebuyck.
Championne du monde de poker

Le dessous des cartes de la communication corporelle et émotionnelle.

Notre langage émotionnel peut nous trahir dans certaines négociations, galvaniser une équipe, convaincre pour prendre des décisions importantes. La plupart des grands dirigeants et dirigeantes de notre monde se forment à cette discipline, pourquoi pas vous ? Améliorez votre posture, osez vous dépasser et montrer le meilleur de vous-mêmes quand les enjeux sont importants ! Décryptez les expressions faciales et la gestuelle de votre entourage pour avoir un temps d'avance et trouver les réponses adaptées. Je vous propose quelques astuces actionnables immédiatement !

Biographie.

Après une expérience de chanteuse professionnelle dès ses 15 ans en France et au Japon, professeure de piano, puis responsable artistique digitale de grands groupes, Vanessa Hellebuyck, toujours à l’affût de nouveaux défis, découvre le poker de tournois. En 2010 à Las Vegas, devant plus de 1000 participants, elle devient la première femme française championne du monde de poker. À ce jour, elle reste la seule ayant accompli une telle performance. Elle cofonde ensuite Komyu, pour partager son expérience et fédérer en entreprise et rejoindra le groupe Thales en 2025. Vanessa Hellebuyck conçoit et anime régulièrement des ateliers et conférences autour des sujets qui la passionnent : le langage émotionnel et corporel et la gamification.

Nous simulons et dissimulons nos émotions dans nos activités professionnelles plus qu'ailleurs. Pour certaines, comme Vanessa Hellebuyck qui a été championne du monde de Poker, maîtriser cet art est une condition nécessaire du succès. On connaît l'expression "Poker Face" qui consiste à offrir un visage qui ne laisse rien transparaître en faisant preuve de self-control. Mais il ne faudrait pas oublier l'autre facette des interactions émotionnelles qui consiste à décrypter les émotions des autres. Les mentalistes ont utilisé ces techniques pour renouveler l'art de la magie, mais sans nous en donner les clés. Avec Vanessa Hellebuyck, vous découvrirez le dessous des cartes et serez initiés à l'observation active.
Fleur Hopkins-Loféron.
Docteure en histoire des arts

Mesurer le corps, l'âme et l’esprit : une obsession merveilleuse-scientifique.

Au passage du XIXe au XXe siècle, le goût est à la mesure du corps humain. L’épiscopie, la biométrie et la radiographie, mais aussi l’iridoscopie, la photographie électrique et la lecture des auras s’emparent de la question de pouvoir mesurer le corps, l’âme et l’esprit. Attentifs à l’histoire des idées, les romans merveilleux-scientifiques se plaisent à imaginer des récits dans lesquels il est possible de lire les pensées, de cloner l’âme ou encore d’orchestrer des rêves. Grâce à ce tour d’horizon peuplé d’auteurs francophones oubliés, de Clément Vautel à Claude Farrère en passant par Maurice Renard, cette conférence introductive, richement illustrée, propose de redécouvrir ce moment si particulier du passage du siècle, où sciences, pseudo-sciences et croyances sont parfois indiscernables.

Biographie.

Passeuse de savoirs et historienne des images, Fleur Hopkins-Loféron étudie les imaginaires scientifiques et la culture populaire dans son ensemble. Elle est rédactrice pour Les Cahiers de la BD ainsi que La Septième obsession. Elle a publié plusieurs essais, dont Voir l’invisible. Histoire visuelle du mouvement merveilleux-scientifique (Champ Vallon, 2023), Mercredi Addams. Icône gothique (Les Impressions Nouvelles, 2023) et Les Nouveaux fakirs. De l’Inde fantasmée au music-hall (PUF, 2024).

Qui n'a pas été émerveillé à l'évocation d'une découverte scientifique et aux possibilités qu'elle laisse entrevoir ? Traverser la matière, voir dans l'obscurité, être invisible, lire dans les pensées. A la fin du XIXe siècle, avec les découvertes des rayons X ou du radium, les imaginaires s'emballent et le mouvement du merveilleux-scientifique voit le jour. Anticipant les super-héros contemporains, ce courant nous offre une vulgarisation pseudo-scientifique qui joue sur l'émerveillement mais dont la fonction n'est pas tant de produire de la vérité que de nous aider à adopter de nouvelles conceptions du monde. Du XIXe au XXIe siècle, la culture visuelle nous donne à voir ce que la science se contente de théoriser et de calculer ; elle nous fait "voir l'invisible" comme l'a mis en évidence Fleur Hopkins-Loféron dans ses publications. L'occasion pour nous de nous demander si le merveilleux scientifique n'est pas la partie incalculable des sciences. Vous allez en prendre plein les yeux !
Samah Karaki.
Neuroscientifique, essayiste

Émotions : mesures anarchiques du monde ?

Les émotions reposent sur des interprétations chaotiques tandis que la raison émane d’un processus objectif, calculé et calculable du champ informationnel. Au XIXème siècle, cette dichotomie entre raison et émotions a emporté l’adhésion car elle s’inspire d’un idéal selon lequel le propre de la nature humaine est de réprimer ses pulsions affectives naturelles. Cette conférence démystifiera cette fausse dichotomie en exposant comment la croyance en une dichotomie entre la raison et l’émotion nous a pendant longtemps empêché de comprendre que les émotions sont porteuses d’informations. Ainsi, la raison n’est ni objective ni universelle et les émotions ne sont pas des pulsions anarchiques, mais un calcul précis des erreurs de prédiction entre ce qu’on vit et ce qu’on s’attend à vivre.

Biographie.

Samah Karaki est une neuroscientifique franco-libanaise. Experte en santé mentale, apprentissage et culture organisationnelle, elle est titulaire d’un doctorat en neurosciences, d’un master en neurobiologie et d’une maîtrise en biodiversité et écologie. Elle est la fondatrice et directrice du Social Brain Institute, une ONG basée à Genève qui s'appuie sur les sciences cognitives et sociales pour gérer les enjeux sociaux et environnementaux. Elle est l'auteur des ouvrages "Le travail en équipe" (Dunod, 2021), "Analyse interdisciplinaire de la disparition du jeu libre de l'enfant" (La maison de la Créativité, 2022) et "Le talent est une fiction" (JC Lattès, 2023).

Pour notre plus grand plaisir, Samah Karaki se plait à déconstruire certains de nos préjugés en s'appuyant sur la psychologie et les neurosciences. Dans son dernier ouvrage, "L'empathie est politique", elle démontrait que le sentiment d'empathie n'est pas naturel mais le fruit de normes sociales qui façonnent la biologie des sentiments. Ira-t-on jusqu'à dire que l'ensemble de nos émotions sont façonnées ? Que l'incalculable émotionnel est le fruit d'un calcul ? Parmi les affects de notre époque, il y a ce sentiment que les institutions politiques et sociales sont dans un état de liquéfaction. Empruntant à Zygmunt Bauman son concept de "société liquide", Samah réactualise un regard critique sur les théories du complot, c'est à dire sur ceux qui calculent à nos dépends.
Albert Moukheiber .
Docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien

Biographie.

Dr. Albert Moukheiber est chercheur en Neurosciences et psychologue clinicien. Il a travaillé pendant 10 ans à l’hôpital Pitié-Salpêtrière se focalisant sur les troubles anxieux et la résilience. Installé en libéral depuis 6 ans, Albert Moukheiber est enseignant à l’université Paris 8 des cours de Master 2 de psychologie clinique et psychopathologie. En parallèle, avec des collègues chercheurs, ils ont fondé Chiasma, une structure qui se focalise sur le raisonnement critique et la flexibilité mentale ; notamment sur la manière dont nous formons nos opinions et comment cela impacte nos prises de décisions. Conférencier, il intervient en entreprise pour partager les dernières connaissances scientifiques autour de nos cognitions et comportements et comment ces derniers nous impactent dans notre vie quotidienne. Il est l'auteur des ouvrages "Votre cerveau vous joue des tours" et "Neuromania" (Allary Éditions), ainsi que du livre pour enfants "Le cerveau pas bête" (Bayard Éditions).

Notre cerveau a été une inspiration évidente quand il a fallu imaginer et concevoir nos ordinateurs mais aussi des intelligence artificielles. Au point que lorsqu'on parle de "réseau de neurones" il faudrait presque préciser "en intelligence artificielle", pour qu'il n'y ait pas de méprise. Mais nous véhiculons encore trop d'images stéréotypées et erronées sur le fonctionnement de notre cerveau ; par exemple que nous n'utilisons que 10% de nos capacités cognitives, ou encore qu'il y a un cerveau droit et un cerveau gauche, etc. Albert Moukheiber nous proposera une mise à jour sur l'état de l'art et des connaissances en neuroscience, ce qui lui permettra par analogie de porter un regard particulier sur l'utilisation de la mesure et des indicateurs dans les pratiques managériales.
Aurélie Jeantet.
Sociologue à l'Université Sorbonne Nouvelle

Mesures et démesures du travail : que nous disent les émotions ?

La sphère du travail, en devenant l’empire de la rationalité, a dévalorisé les émotions et a cherché à les reléguer dans le hors-travail. Mais on sent bien que ça coince… Le regard sociologique nous incite à déconstruire les représentations que nous nous faisons des émotions et propose des outils conceptuels robustes pour penser le travail et cette part affective qui le compose.

Biographie.

Aurélie Jeantet est sociologue, spécialiste du travail, des émotions, de la transition écologique et du genre. Elle enseigne comme maîtresse de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 (à l’Institut de la Communication et des Médias) et est rattachée au laboratoire CNRS Cresppa-GTM. Après une thèse sur le rapport subjectif au travail et la servitude dans les relations de service, elle a beaucoup travaillé sur les émotions, notamment l’ouvrage, primé, intitulé « Les émotions au travail » (CNRS Éditions). Elle est parallèlement engagée dans la transition écologique et la permaculture, à la recherche de nouvelles manières, alternatives, de vivre ensemble.

D'abord ignorée, la question des émotions au travail a ensuite été instrumentalisée en essayant d'en faire un nouveau levier pour produire plus et mieux. C'est oublier que les émotions peuvent aussi être le grain de sable qui peut venir gripper la machinerie, pour le meilleur et pour le pire. Aurélie Jeantet a consacré un ouvrage à cette question et elle nous en donnera les principales conclusions concernant cette tentative de maîtriser et calculer les émotions dans nos contextes professionnels. Ce sera également pour elle l'occasion de rappeler qu'il y a une histoire des émotions. De nombreux travaux de ces dernières années ont tenté de montrer que nous n'avons pas toujours eu les mêmes émotions, et elles ne se sont pas toujours exprimées selon les mêmes modalités. S'il en est ainsi, quelles sont les nouvelles émotions qui s'expriment au travail en 2025 ?
Pascal Chabot.
Philosophe

Chercher du sens à l’ère des digitoses.

On veut du sens pour son travail, dans ses relations, face au système. Le sens est partout, mais sa définition nulle part. Mais au juste, que cherche-t-on en cherchant du sens ? La question est d’autant plus difficile qu’une mutation majeure nous a transformé. Car dès que nous faisons le geste de consulter un écran, nous nous branchons au « surconscient » numérique qui bouleverse notre rapport au sens. De là, ce qu’il faut appeler les « digitoses » contemporaines : le burn-out, l’éco-anxiété, la rivalité avec l’intelligence artificielle et le triomphe des machinoïdes, ces humains qui ressemblent à leurs outils. Dans ce monde vertigineux, comment faire mûrir en soi la quête de sens, pour qu’elle triomphe ou s’accommode des puissances qui la formatent ?

Biographie.

Philosophe et auteur d'une dizaine de livres et de pièces de théâtre, Pascal Chabot construit depuis une vingtaine d’années une oeuvre philosophique qui cherche à éclairer les grands enjeux du contemporain. Il enseigne à l'IHECS à Bruxelles et réfléchit aux qualités de nos systèmes, au « sens » et à l'intelligence. Il a repensé dans ses ouvrages notre rapport au travail à l’ère du « global burn-out » et a écrit sur la transformation du temps à l’ère de l’hypertemps.

Vous connaissez la cirrhose et la névrose, mais certainement pas la "digitose", concept formulé par Pascal Chabot pour diagnostiquer ce que le numérique fait à notre psychique. Après avoir travaillé sur le phénomène du burn-out, le philosophe belge s'est demandé pourquoi, au moment même où le numérique nous apporte tant de solutions et de potentialités, nous posons-nous autant la question du sens ? Son diagnostic et ses explications apporteront un éclairage stimulant qui invite à reconsidérer aussi bien les approches éculées du développement personnel ou du leadership managérial que celles plus traditionnelles de la psychologie ou de la psychanalyse. Tous ceux qui se posent la question du sens (carrière, choix de vie) sont concernés.
Cyrille Imbert.
Directeur de recherche au CNRS

Bien calculer l’incalculable.

Quantiques, chaotiques, ou stochastiques : les voies de la Nature sont aléatoires. Pour dévoiler ses mystères et construire notre monde humain, aucune échappatoire. Nous devons plonger dans l’univers du Nombre et essayer une fois, mille fois, des milliards de fois de produire des nombres aléatoires. Et nous voilà en plein paradoxe. Pour garantir la sécurité et la fiabilité de nos calculs les plus sensibles, des modèles d'IA, aux bitcoins, aux simulations nucléaires, ou à nos activités sur les marchés, nous devons calculer des nombres par définition incalculables. Plongée dans un univers vertigineux où nous ne savons même pas ce que nous ne savons pas. Objectif : voir comment évoluer au mieux en ce terrain miné, malgré nos faibles ressources et nos biais qui nous poussent à la faute.

Biographie.

Après un cursus de philosophie à l'ENS et des études de physique et de mathématiques, Cyrille Imbert défend en 2008 une thèse de philosophie des sciences portant sur la philosophie des systèmes complexes et l’opacité des systèmes physiques ou sociaux. Il travaille depuis 2009 comme chercheur au CNRS en épistémologie de la science computationnelle à la croisée des questions de science et de société.

N'est-ce pas paradoxal d'affirmer que les activités numériques qui ont le plus recours à la puissance de calcul (l'entraînement des modèles d'IA, le minage des Bitcoins, les simulations, la cryptographie, etc.) ont besoin de s'appuyer sur des nombres incalculables et vraiment aléatoires ? Bref, que le calcul se fonde sur l'incalculable ? C'est parce que l'introduction d'un nombre aléatoire au départ des calculs joue un rôle d'étalonnage, afin d'avoir une neutralité et une absence de biais qui ne vienne contaminer les futurs traitements. Or il se trouve que nous ne savons pas produire des nombres aléatoires, tout au mieux des nombres pseudo-aléatoires, de qualité parfois diverses. Dès lors que faire, et comment surmonter ce paradoxe apparent ? Plongez avec Cyrille Imbert au coeur de cet enjeu scientifique et technique actuel pour lequel le calculable et l'incalculable doivent composer ensemble.
Marie Bergström.
Chercheuse en sociologie à l'Ined

Biographie.

Marie Bergström est sociologue et chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Ses recherches portent sur la sexualité, la conjugalité et le célibat, thèmes qu’elle étudie à l’aide de grandes enquêtes mais aussi des données numériques. Spécialiste des rencontres en ligne, elle mène depuis quinze ans une recherche sur l’usage des applications de rencontres dont les résultats ont été publiés dans Les nouvelles lois de l’amour. Sexualité, couple et rencontres au temps du numérique (La Découverte, 2019). Plus récemment, elle a coordonné un grand ouvrage collectif sur les transformations de la sexualité chez les jeunes dans le contexte #MeToo.

S'il y a bien quelque chose qui échappe à toute mesure et à tout calcul c'est peut être l'amour, non ? Et pourtant, depuis maintenant plusieurs années, de nombreux couples se sont rencontrés sur des sites et des applications de rencontre. Et la tendance ne cesse de se renforcer. Comment peut-on concilier la vision idéalisée d'un amour romantique avec la froideur du calcul et du "matching" des pratiques de rencontre en ligne ? Marie Bergström s'intéresse aux usages des sites de rencontre, et un des premiers enseignements de ses travaux est que nos dispositions amoureuses sont beaucoup plus ouvertes que ce qu'on imagine. Dit autrement, on peut tomber amoureux de beaucoup plus de personnes qu'on ne le pense ! C'est d'ailleurs ce qui rend possible le modèle d'affaire des sites de rencontre qui ne mise pas tant sur le puissance des algorithmes que sur l'interchangeabilité de nos partenaires.
Luc de Brabandere.
Philosophe d'entreprise

La créativité dans l'histoire du calcul

Biographie.

Luc de Brabandere, philosophe d'entreprise, est diplômé en mathématiques (1971) et en philosophie (2003) de l'Université de Louvain. Fellow du Boston Consulting Group, il a cofondé Cartoonbase, une agence de conseil en narration visuelle. En 1985, dans son livre "Les Infoducs", il prévoyait déjà la convergence des réseaux de télécommunications et l'avènement d'Internet. Son nouvel essai, “The art of thinking in a digital world” a été publié en novembre 2024 aux éditions Peter Lang.

Luc de Brabandere est mathématicien et philosophe, il a été associé du Boston Consulting Group puis en est devenu Fellow. Le public de l'USI le connaît bien car les interventions qu'il a pu faire n'ont cessé de souligner, avec humour, l'importance de la créativité dans le management et les modèles d'affaire. Pour notre plus grand plaisir, il a accepté de revenir à ses premières amours de mathématicien pour nous rappeler que le calcul a une histoire : il a bien fallu inventer le zéro, les nombres imaginaires, le calcul infinitésimal et le calcul des probabilités pour que nos systèmes numériques actuels puissent opérer. Fidèle à son parti pris, il nous montrera que le moteur de l'histoire et de l'évolution du calcul réside peut-être dans cet incalculable qu'est la créativité.
Frédéric Leguédois.
Coach agile, conférencier, formateur

L’incalculabilité du développement logiciel.

Le monde de l’entreprise adore le calcul, gage de sérieux, de maîtrise, de rationalité. L’univers du développement logiciel ne fait pas exception. Et les méthodes de gestion utilisant les nombres y sont innombrables. Pour décider ? Il faut des chiffres. Pour prioriser ? Des estimations de retour sur investissement. Pour donner de la visibilité ? Des délais. Mais tous les calculs sont-ils rationnels ? Quelles sont les conséquences réelles de ces approches numériques et prédictives ? Existe-il des contextes dans lesquels cela est applicable et d’autres non ? Existe-t-il des alternatives à ce fonctionnement ? Une conférence où la provocation et l’humour ont vocation à ébranler quelques certitudes solidement établies.

Biographie.

Exerçant depuis 25 ans dans l’univers du développement logiciel, Frédéric Leguédois propose de revenir à l’essence de l’Agilité. Pourfendeur des méthodes « pré-pensées », d’une Agilité qui n’aurait d’agile que le nom, ses conférences empruntent aux codes du seul-en-scène, portant un regard ironique et sarcastique sur les absurdités organisationnelles. Il propose notamment de revisiter nos rapports à l'incertitude, à notre capacité à nous projeter dans le futur. Et de s’orienter résolument vers une approche rationnelle mais ô combien inconfortable, qui nécessite de repenser tant nos pratiques professionnelles que nos représentations mentales.

Si vous voulez agacer un manager qui s'inquiète de l'avancée de son projet de développement logiciel, répondez lui "No Estimate" ! En effet, malgré l'adoption des méthodes agiles ces vingt dernières années, nos pratiques logicielles ont du mal à se départir du besoin d'estimation, au point que le respect des estimations semble parfois plus important que la valeur délivrée. Or, rappelle le coach agile Frédéric Leguédois, les estimations sont par définition toujours fausses, alors pourquoi cherche-t-on à ajuster nos pratiques et nos décisions sur quelque chose d'aussi changeant et imprécis ? Si les calculs et la planification restent au coeur de nos pratiques logicielles, ne doit-il pas y avoir l'acceptation d'une part d'incalculable ? Non pas pour être moins performant ou productif, mais peut être tout simplement pour ne pas que l'illusion de la maîtrise du temps et du budget ne génère de la perte de qualité ou de la dette technique. Ces questions ne sont pas marginales, car elles se rejouent aussi au niveau budgétaire avec les approches "Beyond Budgeting" qui consistent à ne plus faire des budgets annuels, dont on sait tous qu'il faudra les mettre à jour parce que le "contexte a changé". C'est donc la place de l'incalculable dans les pratiques managériales que revisitera Frédéric Leguédois pour le public de l'USI.
Marion Cina.
Docteure en sciences de gestion, enseignant-chercheur à l'ISC Paris

Biographie.

Marion Cina est docteure en sciences de gestion et enseignant-chercheur en innovation, créativité et théorie des organisations à l’ISC Paris. Titulaire d’un doctorat en sciences de gestion obtenu au LEST Aix-Marseille Université, elle a soutenu sa thèse en 2022. Ses recherches s'intéressent aux intersections entre management et sciences humaines, et notamment entre management et philosophie, avec pour thématique principale l'imaginaire dans les organisations.

Vous vous souvenez des "Bullshit Jobs" dont parlait l'anthropologue David Graebber ? Il s'agit de ces jobs qui sont souvent inutiles et vides de sens pour une large population de cols blancs, et dans lesquels se retrouvent assez facilement les jeunes diplômés lors de leur première expérience professionnelle. La perte de sens au travail est un des facteurs de démotivation et de désengagement qui coûte le plus cher aux entreprises, surtout pour celles qui se refusent à le reconnaître et ne cherchent pas à y remédier. Cet incalculable de la quête de sens au travail n'est pas une fatalité et il y a des pistes qui permettent de sortir de cette impasse. Pour le public de l'USI, la chercheuse Marion Cina reviendra sur un travail récent dans lequel elle a comparé la désillusion des jeunes diplômés qui arrivent dans nos entreprises avec le mal être des auteurs romantiques du XIXe siècle. Ce courant artistique a fait de la mélancolie, du dégoût de l’époque vécue et de l’impossibilité à trouver sa place dans un monde vide de sens les leitmotivs d’une quête de grandeur. Quelle leçon peut-on tirer de cette analogie ?